Stratégie éco

Zoom sur la fabrication additive

Nouvelle façon de concevoir, relocalisation de la production, nouveaux modes de collaboration : focus sur la fabrication additive, un procédé clé de l’industrie du futur qui révolutionne les organisation

Comment la fabrication additive peut-elle irriguer les services d’une entreprise et la transformer en profondeur ? L’histoire d’Axon’Cable, racontée dans un rapport de la Fabrique de l’Industrie sur la fabrication additive, est éclairante.

UN VÉRITABLE PROJET D’ENTREPRISE

En 2011, Joseph Puzo, P-dg de cette ETI spécialisée dans les composants électroniques et de câbles, assiste sur un salon à la fabrication d’une chaîne de vélo imprimée en 3D. Stupéfait, il achète sur le champ une machine et l’installe au milieu du bureau d’études, à la disposition de ses 40 ingénieurs. Le “jouet prend” et les ingénieurs réalisent un prototype pour un client important et emportent une commande, en prenant les concurrents de vitesse. Les commerciaux demandent à leur tour d’être équipés de machines, pour réaliser des maquettes agrandies de minuscules connecteurs, afin d’en expliquer plus rapidement le fonctionnement aux clients.

C’est à l’atelier que l’imprimante 3D débarque ensuite, pour fabriquer, en une seule fois, des pièces de formes complexes. Les opérateurs s’emparent de l’outil. Joseph Puzo décide de former le plus grand nombre possible de salariés, en particulier les plus anciens. Il offre 50 000 euros au comité d’entreprise pour créer un “Fab Lab café”, ouvert aux employés, à leur famille et leurs amis. Un véritable projet d’entreprise !

« Cette histoire montre comment cette technologie a infiltré tous les niveaux de l’entreprise, du marketing à la formation des employés, et a permis à Axon’Cable d’améliorer sa compétitivité et de gagner des parts de marché », concluent les auteurs du rapport.

OUVERTURE À 360° DE LA CONCEPTION

« La fabrication additive change la façon de concevoir les produits et les process, s’enthousiasme Jean Sreng, directeur Industrie du Futur au CEA List. Autrefois, les concepteurs et les designers étaient obligés de brider leur imagination pour créer des formes que les machines d’usinage classique pouvaient produire. L’impression 3D ouvre le champ des possibles ». Pour les ingénieurs de bureau d’études, c’est une révolution culturelle. Ils doivent repenser leur façon de concevoir. Gilles Allory, responsable ressources au Cetim en charge de la fabrication additive, confirme : « Le procédé de fabrication additive permet de produire des formes très proches de l’idéal théorique déterminé par calcul, et d’intégrer de l’intelligence dans les matériaux, donc des fonctions, ce qui améliore les performances du produit. Pour tirer un avantage économique de ce procédé, il faut reconcevoir sa pièce ».

Cette ouverture à 360° de la conception répond à la demande de personnalisation des produits. Pas étonnant que le secteur médical ait été l’un des premiers à se saisir de ce nouveau procédé. Spécialisée dans les dispositifs médicaux en titane pour corriger les déformations de la colonne vertébrale, Médicrea propose un modèle économique original. Le chirurgien est équipé d’un logiciel qui assure le lien entre l’imagerie médicale et l’imprimante 3D. La planification de l’opération déclenche la fabrication du dispositif médical parfaitement adapté à la pathologie et à la morphologie du patient. Autre exemple, OBL fabrique des implants pour chirurgie maxillofaciale, ainsi que l’outillage spécifique nécessaire à la pose, ce qui réduit le temps d’intervention et les complications postopératoires.

LA PRODUCTION EST RELOCALISÉE EN FRANCE

Par là même, la production est relocalisée en France. « Aujourd’hui, les supports de prothèses dentaires réalisés en résine ou en alliage biocompatible cobalt-chrome ne sont plus produits en Chine, mais par fabrication additive à partir du scan 3D d’un moulage de la bouche du patient, notent les auteurs du rapport de la Fabrique de l’Industrie. C’est également le cas de plus de 90 % des prothèses auditives fabriquées dans le monde. »

Les donneurs d’ordre (prothésistes, chirurgiens, hôpitaux) regroupent parfois leurs moyens, à l’image de la Coopérative technologie dentaire qui met à disposition des machines pour les prothésistes. Cette mutualisation pourrait devenir un schéma d’organisation de la production, en rupture avec le modèle des grands usineurs. « Pour certaines grandes filières, on peut imaginer des bureaux de réalisation qui comprennent des machines capables de produire pour une grande diversité d’industriels qui n’auront qu’à fournir leur fichier 3D », illustre Jean Sreng. Les notions de stock, de pièces détachées et de maintenance pourraient également être repensées.

Par exemple, pourquoi ne pas installer un atelier de fabrication additive sur chaque aéroport pour réparer des avaries sur les avions, ou embarquer une imprimante 3D sur les bateaux pour fabriquer des pièces de rechange si nécessaire ? « La fabrication additive permet de produire des pièces sans outil, sans outillage, donc sans inertie, remarque Jean-Camille Uring, conseiller du Président chez Fives. Elle permet de créer des pièces complexes selon un processus très rapide. En digitalisant complètement la relation client/fournisseur, elle permet, d’une part, de réaliser de la conception à distance, avec des acteurs situés n’importe où sur la planète ; d’autre part, de transférer une partie de la valeur ajoutée vers le fournisseur ».

La nature des relations entre les deux devrait s’en trouver bouleversée. Ce que confirme Jean Sreng, « la relation client/fournisseur va évoluer vers de véritables partenariats. Par ailleurs, les collaborations commencent à se dessiner entre les filières, l’aéronautique avec le naval, par exemple. Mais les transformations ne seront pas uniformes, elles dépendront des marchés. Pour l’heure, il faut apprendre à se connaître entre experts matériaux, rhéologie, faisceaux d’énergie, numérique, etc., pour réaliser des sauts technologiques. C’est comme si nous étions à l’époque de Gutenberg ».  Avec tout le potentiel de développement que l’on peut imaginer.

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