Technologie

La robotique collaborative : des expériences

Quelle tâche robotiser ? Comment implanter un robot collaboratif ? Quelles sont les conséquences sur l’organisation ? Témoignages chez Faurecia et Einea. 

FAURECIA : « LA COMMUNICATION EST ESSENTIELLE »

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Faurecia a accueilli un robot collaboratif dans son usine de Méru ©FAURECIA
L’opérateur dépose les pièces de décor d’intérieur d’une voiture. Le robot collaboratif les assemble automatiquement en posant une dizaine d’agrafes. La caméra intégrée dans ses « poignets » vérifie la qualité de l’ouvrage. Bienvenue sur ce poste de l’usine de Méru de Faurecia. Entièrement manuel autrefois, il vient d’être robotisé. « Nous avons choisi ce poste parce que la pose de clips est difficile et parce que, en cas de problème, nous pouvions facilement revenir à une solution manuelle, explique Frédéric Lard, expert assemblage chez Faurecia. Si nous voulons continuer à fabriquer en France, il faut robotiser les tâches à faible valeur ajoutée. » Fort d’une première expérience dans une autre usine, Faurecia décide d’implanter un robot collaboratif dans son usine de Méru, pour étudier plus à fond l’apport de cette technologie. En septembre 2015, Frédéric Lard a présenté les avantages et les inconvénients du robot collaboratif au comité de direction du groupe, au centre de recherche & développement et à l’usine de Méru, notamment aux délégués syndicaux et aux élus du CHSCT. Deux appréhensions prédominent : l’arrivée du robot collaboratif va-t-elle supprimer un poste ? La sécurité est-elle assurée ? Sur le premier point, l’opérateur qui effectuait les tâches manuelles est réaffecté à d’autres opérations d’assemblage. Sur le second point, l’analyse de risques réalisée par le Cetim rassure tout le monde. « La communication ainsi que le choix du poste à robotiser sont essentiels, insiste Frédéric Lard. Nous travaillons à flux tendu, nous ne disposons plus de stocks et tout arrêt de production est pénalisant. » L’expérience est trop récente pour en tirer des conclusions. Faurecia reste prudent quant à l’intégration massive de robots collaboratifs. Ce qui n’empêche pas le groupe de préparer l’avenir. Il participe ainsi au projet MASCOT avec Renault, STX, Airbus et l’IRT Jules Verne, pour lequel il s’agit de rendre collaboratifs des robots standards.

EINEA : « L’OPÉRATEUR DÉCIDE DE L’INTÉRÊT D’AUTOMATISER TELLE OU TELLE PARTIE DE SON TRAVAIL »

EINA Robot collaboratif
Race, premier robot d’assemblage électronique ©EINEA

Spécialiste de l’ingénierie électronique et d’intégration de cartes électronique dans des ensembles mécaniques, Einea a introduit un robot collaboratif sur un poste de montage par brasage d’une antenne haut de gamme. Initialement site d’Eriksson puis d’Alcatel, Einea est devenue une entité du groupe Selha (Société électronique du Haut Anjou) qui emploie 200 personnes. De la fabrication de grandes séries sur des lignes dédiées, l’entreprise doit passer à la production des petits lots, gérer la diversité des produits et des changements de séries fréquentes, tout en maîtrisant la criticité de certains processus (couple de serrage, angle d’assemblage, etc.) pour garantir la qualité. Pour faire face à cette évolution, le comité de direction lance le projet Race (Robot d’assemblage collaboratif d’équipements électroniques). « Il s’agit d’automatiser des tâches pour gagner en compétitivité, indique Christophe Gallet. Nous avons choisi le vissage et l’assemblage mécanique qui représentent les trois quarts de nos activités de production. » Selon le cahier des charges, l’équipement doit être facilement reconfigurable. En quelques minutes, l’opérateur doit pouvoir le reprogrammer pour qu’il change de fonction. En outre, il doit s’intégrer dans le process organisé en lean manufacturing. D’où le choix du robot collaboratif. Quelle tâche robotiser ? C’est la première question que doit se poser l’industriel. Il ne s’agit pas de tout automatiser, mais de proposer à l’opérateur un assistant robotisé qui le soulage des tâches répétitives et pénibles pour qu’il se concentre sur les travaux à valeur ajoutée, complexes, qui nécessitent de la dextérité, un contrôle visuel ou de la réflexion. « Nous ne lui imposons rien, c’est lui qui décide de l’intérêt d’automatiser telle ou telle partie de son travail », insiste Christophe Gallet. Le premier robot collaboratif est introduit dans la fabrication d’une antenne de télécom haut de gamme, un produit difficile à industrialiser. L’opération la plus délicate : le brasage d’un cordon d’étain sur du plastique dure 15 minutes sur un total de 25 minutes de process. Il faut aller très vite et adopter une position optimum. Le robot collaboratif aide l’opérateur qui, à tout moment, peut adapter la position du poste de travail en fonction de sa morphologie et des gestes à effectuer pour se trouver dans la situation la plus confortable. Le Cetim a aidé Einea dans sa démarche sécurité. Une démarche qui a levé les dernières appréhensions des opérateurs qui ont rapidement adopté l’outil. « Dès qu’ils ont compris qu’il n’y avait aucun problème de sécurité, ils ont utilisé le robot collaboratif sans problème, témoigne Christophe Gallet. Ils m’ont même réclamé d’autres fonctionnalités. » Prochaine étape : améliorer l’interface homme/machine. La tablette devrait remplacer la boîte à bouton. Elle permettra de reconfigurer le robot en sélectionnant une image. Et l’opérateur pourra apprendre des gestes au robot en le déplaçant manuellement. L’expérience se révèle si concluante qu’ Einea envisage de diversifier son utilisation des robots collaboratifs dans des projets d’ores et déjà lancés.

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