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L’apprentissage : recruter en formant

La métallurgie s’engage à recruter 46 000 apprentis d’ici à 2020. L’apprentissage s’impose comme l’une des voies privilégiées de recrutement.

26 000 apprentis sont en formation dans les CFAI (Centres de formation des apprentis de l’industrie), du CAP au diplôme d’ingénieur, dont une grande majorité dans les métiers de la métallurgie. 85 % d’entre eux trouvent un emploi dans les six mois qui suivent la fin de leur formation. Ce qui explique l’engouement croissant pour cette voie de formation en alternance, alors que le taux de chômage est élevé chez les jeunes. Ajoutez à cela que l’apprentissage s’étend désormais à tous les niveaux d’étude, alors qu’historiquement il concernait essentiellement les CAP et les baccalauréats professionnels. Transverse, il touche tous les domaines : la production et la maintenance mais aussi les activités administratives, la finance, la logistique, la communication, les services ou la gestion…

« Les entreprises de la mécanique accordent une place de plus en plus importante à l’alternance en général et à l’apprentissage en particulier qui est devenu un outil de pré-recrutement, remarque Yolande Bufquin, secrétaire générale du Comité FER* de la FIM. La relation tuteur/apprenti permet de transmettre au mieux les savoir-faire. » L’apprentissage est un moyen de former un jeune non seulement à un métier, mais également à la culture de l’entreprise.

Pour faire face aux 100 000 recrutements nécessaires d’ici à 2025, la métallurgie mise résolument sur l’apprentissage. Dans le cadre du pacte de responsabilité, l’UIMM (Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie) s’est engagée, le 21 octobre dernier, à recourir à 46 000 alternants d’ici 2020, soit 13 % de plus qu’en 2013. Un développement conditionné à la mise en oeuvre effective d’une telle politique dans les régions qui allouent des moyens aux CFA.

De son côté, la FIM agit auprès des pouvoirs publics pour lever certaines contraintes réglementaires et administratives qui freinent l’essor de l’apprentissage dans la mécanique, notamment en ce qui concerne le travail des mineurs sur certaines machines considérées comme dangereuses.

Reste à attirer les jeunes vers la mécanique par l’apprentissage. « Nous menons des campagnes de sensibilisation en particulier sur le salon Aventure des Métiers, explique Yolande Buquin. Cette année, la FIM a aussi conduit une action spécifique sur le Midest. »
* Le comité FER (Formation Emploi Recrutement) regroupe des représentants de la FIM, de ses syndicats adhérents, du Cetim et de l’AFM (Association Française de Mécanique).

Points de vue      
  • Damien Poyard, directeur de PCI
    Damien Poyard, directeur de PCI

    « Nous accueillons 12 apprentis pour un effectif de 120 personnes, essentiellement pour des métiers dans l’atelier (monteur/ajusteur, assembleur) et dans les bureaux d’études (conception mécanique/process). Dans l’atelier, l’apprentissage est clairement un outil de pré-recrutement. Nous prévoyons d’embaucher au total dix personnes par an dans les quatre années qui viennent. Les jeunes sont autonomes et opérationnels plus rapidement qu’on ne le pense. Par ailleurs, ils nous apportent des outils modernes qu’ils maîtrisent mieux que nous. Je pense à un jeune commercial qui nous a appris à utiliser les réseaux sociaux. Enfin, dans une population vieillissante, les jeunes apportent du dynamisme, nous aident à rester positifs et ouvrent des perspectives : ils montrent que l’entreprise a un avenir. »

  • Thomas Lecuppe , responsable de l’atelier mécanique de R. Bourgeois
    « 20 % de nos effectifs sont issus du recrutement d’apprentis sur ces quinze dernières années. Et cette proportion augmente chaque année. En moyenne, nous avons 6 à 7 apprentis, ainsi que 3 à 4 stagiaires, dans l’atelier. Il s’agit d’un investissement conséquent. Un outilleur confirmé fournit un quart de son travail en moins lorsqu’il s’occupe de l’apprenti. Et nous nous heurtons à un manque de coordination entre les écoles sur les dates de stages. Mais fondamentalement, il est important de former des jeunes et l’apprentissage est un excellent moyen de recrutement. D’ailleurs, outre les jeunes dans l’atelier, nous avons également des apprentis au bureau d’études, à la logistique, en maintenance et en comptabilité.
  • l Corinne Farama , DRH d’Aventics
    l Corinne Farama , DRH d’Aventics

    « Les alternants (apprentis et contrats de professionnalisation) représentent aujourd’hui plus de 10 % de nos effectifs à tous les niveaux d’études et dans tous les métiers. Dès qu’un poste s’ouvre, nous cherchons d’abord en interne puis dans notre vivier d’alternants présents ou anciens. L’apprentissage est un outil de pré-recrutement. Accueillir autant d’apprentis implique de bien les recruter (avec le même soin qu’un CDI) et de structurer le parcours d’intégration. Le tuteur et l’apprenti signent un pacte par lequel chacun s’engage l’un vis-à-vis de l’autre. Par ailleurs, il faut trouver des missions compatibles avec l’alternance. Au-delà de l’intérêt pour le pré-recrutement, ces jeunes nous apportent un regard neuf sur l’entreprise et « bousculent » parfois nos habitudes. »

  • Aymeric Gahon, responsable formation et recrutement chez Douce Hydro
    « Nous comptons dix apprentis sur un effectif de 200 personnes. L’apprentissage est ancré dans nos valeurs depuis longtemps. Il faut dire que nous ne trouvons plus de jeunes correctement formés à l’usinage sur nos machines qui sont hors normes : on trouve peu de tours de 27 mètres de long sur 2 mètres de large dans les écoles. Depuis cinq ans, un ancien professeur de lycée professionnel vient deux fois par semaine pour former les jeunes sur les machines. Nous recrutons également des apprentis commerciaux ou ingénieurs. 70 % des jeunes sont embauchés en fin de formation et remplacent du personnel qui part en retraite. »
Interview

« Un mode de formation qui répond aux besoins des industriels »

Le 17 décembre à la Géode, Porte de la Villette, SUPii Mécavenir fête ses vingt ans. L’occasion de faire le point avec Christophe Meunier, directeur général du CFA créé à l’initiative de la FIM.

Christophe Meunier
Christophe Meunier

MécaSphère : Qu’est-ce qui a présidé à la création de SUPii Mécavenir ?

Christophe Meunier : SUPii Mécavenir a été créé par la FIM pour répondre aux besoins en personnel qualifié des entreprises mécaniciennes. Nous concevons les formations en partant des compétences nécessaires pour répondre à ces besoins. Nous sommes en veille permanente pour rester au plus près des attentes des industriels. Lorsqu’un métier se tarit, nous arrêtons la formation et nous en proposons d’autres plus adaptées aux besoins du moment.

M. : Pourquoi, dès l’origine, avoir fait le choix de l’apprentissage ?

C.M. : Au moment de la création de SUPii Mécavenir, l’apprentissage s’est élargi à tous les diplômes, notamment ceux d’ingénieur. Nous avons saisi cette opportunité pour fonder ce CFA (Centre de formation des apprentis) en collaboration avec la Région Île-de-France. L’apprentissage est un mode de formation qui répond bien aux attentes des industriels.

M. : En quoi SUPii Mécavenir se distingue d’autres CFA ?

C.M. : D’abord, d’emblée nous nous sommes calés sur le schéma européen du LMD (Licence, master, doctorat). Ensuite, toutes nos format ions sont assurées pour moitié par l’établissement par tenaire qui dél ivre le diplôme, et pour moitié par nos soins. Habituellement, les CFA recrutent les apprentis et les mettent en relation avec les entreprises. Chez SUPii Mécavenir, les jeunes profitent d’un enseignement d’excellence dispensé par des professionnels issus des entreprises : la garantie que les compétences acquises correspondent bien aux besoins des industriels. Enf in, nous attachons une grande importance au savoir être : mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine, d’autant que les jeunes travaillent déjà en entreprise. Par exemple, nous leur donnons des notions en matière de droit du travail ou de management.

M. : Quels retours avez-vous des entreprises ?

C.M. : La progression de SUPii Mécavenir parle d’elle-même. Nous avons commencé avec deux BTS, aujourd’hui nous proposons 13 diplômes du BTS au titre d’ingénieur. Depuis vingt ans, nous avons formé 5 000 apprentis. 95 % d’entre eux ont trouvé un travail dans les six mois qui suivaient leur diplôme.

 

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