Politique industrielle

Le digital redéfinit l’offre

Quand le fonctionnement de l’entreprise est remis en cause par une nouvelle donne profonde que représente la digitalisation, tout change, y compris certains fondamentaux

Le numérique n’est pas une transition unique, c’est une série de vagues qui déferlent et nous entraînent, pour les vagues ultimes, vers la réalité virtuelle et l’intelligence artificielle. Il bouleverse le fonctionnement de l’entreprise, aussi bien en interne qu’en externe ». Francis Jutand, directeur scientif ique des Mines Télécom, résume ainsi la révolution digitale.

LE LEADER DEVIENT CELUI QUI SAIT COOPÉRER

Au sein de l’entreprise, la communication devient horizontale, le changement s’accélérant avec l’arrivée de générations qui sont nées avec les outils numériques. Ce qui modifie aussi le contenu du leadership. Le leader devient celui qui sait utiliser, échanger les informations et coopérer. « La globalisation accélérée par le numérique touche aussi le fondement des valeurs traditionnelles, souligne Francis Jutand : la coopération devient plus importante que la concurrence ; l’usage supplante la propriété ; le talent l’emporte sur la position dans l’entreprise. Bientôt viendront les métamorphoses cognitives et celle de l’intelligence artificielle qui nous conduiront à travailler avec des machines intelligentes et restructurer l’espace des valeurs et des pratiques. » Avec le numérique qui facilite les interactions, les coûts de transaction diminuent, d’où un mouvement d’externalisation du travail car la spécialisation grandissante conduit à une plus grande coopération entre sociétés pour réaliser les produits.

« NOUS NE VENDONS PAS DES PNEUS, MAIS UN NOMBRE D’ATTERRISSAGE »

Les modèles économiques évoluent. À commencer par le développement de l’économie d’usage. « Aujourd’hui, à notre client Boeing, nous ne vendons pas des pneus, mais un nombre d’atterrissage », déclarait Jean-Dominique Senard, Président de Michelin sur Radio Classique. Spécialiste de la robotique mobile, BA Systèmes, fabrique des chariots autoguidés pour les usines. Son offre va plus loin que la simple vente de matériel puisque « nous nous engageons sur une cadence attendue et un taux de disponibilité des équipements pour contribuer à augmenter la productivité de nos clients », souligne Jean-Luc Thomé, Président de BA Systèmes. Comment ? En associant au produit une suite logicielle de pilotage ainsi qu’une expertise logistique. Autre exemple, dans le cadre du projet Clean Robot, Innovtec Industries a développé une cellule autonome de lavage industriel qui offre un niveau d’hygiène répondant aux contraintes de l’agroalimentaire et qui évolue en toute sécurité dans un environnement complexe. « Nous nous tournons vers un marché de service, car la machine coûte cher et n’est utilisée qu’occasionnellement, indique Christian Moyer, gérant d’Innovtec Industries. Nos clients choisiront et nous nous adapterons ».

« AVEC LA FABRICATION ADDITIVE, CERTAINES ENTREPRISES PEUVENT “UBÉRISER” LE MARCHÉ »

Autre évolution majeure, le développement de plateformes de commercialisation avec des services à très haute valeur ajoutée accélère “l’ubérisation” de l’économie suivant un schéma décrit pas Francis Jutand : « Je modifie le mode de commercialisation, ce qui transforme la structure de production du secteur, avant de devenir moi-même éventuellement acteur de la nouvelle production en ayant évincé les autres ». Amazon peut devenir éditeur, et Booking lancer une chaîne d’hôtels. L’industrie ne devrait pas être épargnée. « Avec la fabrication additive, certaines entreprises peuvent “ubériser” le marché, notamment pour des pièces à haute valeur ajoutée », estime Francis Jutand. D’où l’importance de s’engager dès à présent vers l’Industrie du Futur.

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